L’entrée en scène d’un mathématicien

Ainsi se termine la « climateweek » organisée par l’organisation WWF. Un petit débat entre un sceptique, un WWFiste (surtout au début) et un climatologue. Qu’est-ce qu’on retire finalement ? Pour moi un débat un peu biaisé, en tous cas inégal.

Le sceptique invité était Benoît Rittaud, un jeune mathématicien, auteur du récent « Le mythe climatique ». On commence à parler de lui dans la sphère (en tous cas blogs etc). Pas tout à fait dans la même veine que notre Allègre national et son livre « L’imposture climatique », mais sceptique quand même quant au réchauffement climatique d’origine anthropique (RCA).

Je n’ai pas encore lu son livre mais en voici une critique par ICE et une autre. Disons que ce qui m’intéresse là dedans, c’est qu’il dit prendre deux angles dans son bouquin, l’angle mathématique bien sur (ce sont des mathématiciens qui ont été à la base des modèle climatiques : voilà pour la justification de l’entrée dans le débat) et l’angle épistémologique. Selon lui, le climat (et surtout le RCA) est « un fascinant objet épistémologique à étudier en lui-même ». Objet qui n’a pas forcément de précédent puisqu’il diffère des autres controverses historiques par son ampleur. OK pourquoi pas.

Mais en face de lui se trouve Hervé Le Treut, climatologue reconnu de l’Institut Pierre Simon Laplace qui a décidé de communiquer lui aussi via un blog, le Climatoblog, qu’il alimente de temps en temps (car c’est pas son métier à lui!).

Problème. On voit clairement pendant la discussion que monsieur Rittaud n’est pas à l’aise surtout après l’arrivée d’Hervé Le Treut. Tant qu’il reste dans ses modèles épistémologiques, ça peut aller, dès qu’il s’aventure sur le terrain des sciences du climat, la supériorité d’un Le Treut est incontestable d’autant plus qu’il a bien pris le temps d’expliquer que la façon de travailler et le matériel des climatologues.

Ainsi, les modèles utilisés en climatologie sont le fruit d’un long travail théorique, qu’ils partent avant tout des propriétés physiques de l’atmosphère et donc qu’au début ils étaient plutôt simplifiés. Ce n’est qu’avec le temps, que les scientifiques les ont complexifiés en intégrant différents paramètres ce qui d’ailleurs les ont conduit a un succès mitigé puisque si la réponse des nouveaux modèles est la même que ce qu’ils obtenaient avec les premiers, ils n’arrivent toujours pas à être justes en descendant au niveau régional.

Ce que l’on observe c’est un réchauffement plus fort au-dessus des continents qu’au-dessus des océans ET qu’il est plus marqué dans les basses couches de l’atmosphère que dans les hautes couches (ce qui minimise l’impact du rayonnement solaire selon lui). Réponse de monsieur Rittaud : un modèle n’est pas une théorie : il ne vaut pas plus que ce que l’on met dedans. « Il valide, invalide, montre les limites…. » Sauf que le système climatique est tellement complexe que le modèle est indispensable. À partir d’une théorie les chercheurs qui travaillent sur le climat ont besoin d’un modèle pour « observer » les conséquences.

Un point que soulève Benoît Rittaud et qui me paraît important c’est que effectivement, sur un siècle on observe une tendance au réchauffement. Mais en réduisant l’échelle de temps à (au hasard) 30 ans par exemple, on voit des fluctuations: une sorte de stagnation des températures entre les années 40 et 70 mais aussi un très fort réchauffement entre les années 1970 et 1990.

C’est plus délicat à partir des années 2000 où Rittaud (mais ce n’est pas le seul) dit clairement qu’il y a une stagnation voire une diminution de la température. Là où il met un doigt sur un point qui fait mal, c’est qu’il dit qu’une période de 10ans ça devrait être suffisant pour se poser des questions et interroger la théorie. Alors que la réponse immédiate des climatologues, c’est qu’on ne peut pas juger sur 10 ans.

Tout le monde se tourne alors vers monsieur Le Treut. Que va-t-il répondre? Tout simplement que cette année comme en 1998 est survenu un épisode El Nino très fort, que le climat a une réelle variabilité naturelle mais que, en filtrant cette variabilité il reste une tendance au réchauffement. « Le signal actuel est difficile à interpréter mais des éléments très forts (certes on ne peut pas dire preuves) vont dans le sens d’un réchauffement. »

Je finirai sur un indice important dans la compréhension de ce qui se passe en ce moment : Dans le passé, le climat était influencé par un signal astronomique qui entrainait une variation de température dans UN hémisphère ce qui avait des conséquences sur la variation du taux de CO2 et entrainait enfin une variation de température dans l’autre hémisphère. Aujourd’hui, ce processus est différent.

Pour (re)voir le débat, http://www.ustream.tv/recorded/5728575

Parenthèse: Je n’ai pas parlé du WWFiste ni des questions des internautes qui portaient plus sur la taxe carbone, parce que je suis restée sur les arguments scientifiques. :-)

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4 réponses à L’entrée en scène d’un mathématicien

  1. Marion dit :

    Ce genre de débat me laisse dubitative… Je vais faire une comparaison tirée par les cheveux mais pour parler de l’évolution, on voit rarement un biologiste darwiniste débattre avec un créationniste…

  2. Denis Laforme dit :

    Je me dois de lire tous les articles et commentaires si je veux demeurer impartial (en autant que faire se peut). Cependant, je vous dirais que j’aimerais confronter ces opinions avec celles émises sur mon boog : denis-laforme.over-blog.com
    Peut-être qu’à partir de là, chacun aurait la chance de se faire une idée personnelle. Salutations et au plaisir de recevoir vos commentaires.

  3. HollyDays dit :

    «Là où il met un doigt sur un point qui fait mal, c’est qu’il dit qu’une période de 10ans ça devrait être suffisant pour se poser des questions et interroger la théorie.»

    Pourquoi cela ? Parce qu’à l’échelle humaine des temps, c’est déjà considéré comme une longue durée ? Mais c’est un cas typique où B. Rittaud montre qu’il a loupé un élément fondamental du processus d’élaboration d’un modèle (climatique ou non). Si les concepteurs du modèle indiquent que, dans leur modèle, sont inclus des éléments qui, sur des périodes de 10 ou 15 ans, sont susceptibles de perturber ou de contrarier la tendance sur 50 ou 100 ans, sans pour autant être suffisamment importants au point de remettre en cause cette même tendance sur 50 ou 100 ans, alors remettre en cause le modèle sur la base d’observations faites sur des durées de 10 ou 15 ans n’a pas de sens. Ce n’est pas pour rien que l’on ne parle de climat que sur des périodes d’au moins 30 ans : c’est parce que cela correspond à une réalité physique de la variabilité naturelle des températures et des précipitations.

    Il y a environ un an, des chercheurs américains avaient montré, dans un article publié dans Geophysical Research Letter (et relaté dans http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2009/06/ann%C3%A9es-froides-dans-climat-chaud-un-myst%C3%A8re-.html ) qu’avec un climat qui se réchauffe notablement sur un siècle (plusieurs degrés Celsius en moyenne planétaire), la probabilité de pouvoir observer des périodes d’une dizaine d’années, durant lesquelle le réchauffement semble s’interrompre voire s’inverser, est très élevée, dès lorsqu’on choisit correctement (et a posteriori) les bonnes années de début et de fin de ces périodes.

    De telles périodes de «refroidissement planétaire» ont déjà été observées dans un passé récent (1977-1985 et 1981-1989 par exemple, alors qu’une période plus large de l’ordre de 3 décennies, et contenant ces périodes-là, comme 1975-2008 par exemple, fait bien apparaître une hausse significative des températures moyennes planétaires, en l’occurrence de 0,6°C). Et les modèles climatiques actuels montrent également que si l’on simule un réchauffement planétaire moyen de l’ordre de 4°C, on trouve systématiquement des périodes d’une dizaine voire une quinzaine d’années durant lesquelles le climat ne se réchauffe plus voire se refroidit, dès lors qu’on choisit de manière appropriée l’année de début et l’année de fin de ces périodes.

    Bref, cet argument de Rittaud, comme beaucoup d’arguments de climato-sceptiques, c’est un argument intuitif, présenté comme un argument «de bon sens». Mais ici comme ailleurs en sciences, il est fréquent de voir que le «bon sens en action» est contraire à ce que montrent observations et expérimentations.

  4. Alain dit :

    Les arguments cité dans ces commentaires sont intéressants, mais le diable est dans le détails…
    ici dans l’hypothèse par défaut.

    passons déjà sur le fait que nous observons un réchauffement régulier depuis le petit age glaciaire, qui donc doit être considéré comme la base de la normalité, le « business as usual ».

    il est vrai qu’en choisissant bien une période on peu trouver une période de refroidissement dans un processus de réchauffement.

    mais ce n’est une raison de critiquer les sceptique, que si le réchauffement est l’hypothèse par défaut… et c’est bien la vôtre…

    mais alors, si on prend le réchauffement lent similaire a celui qui se produit depuis le PAG… quel facilité as t’on en choisissant bien la période, de trouver une accélération du réchauffement sur une période de 10-20 ans ?

    en fait, on est en plein dans ce que Rittaud critique : un biais de confirmation massif…

    en justice, on parlerait d’un procès a charge, avec inversion de la charge de la preuve. un procès d’Outreau… partie d’un truc vrai au début, puis un délire de groupe, soutenu par les média et les politiques ensuite…

    plus je m’intéresse a cette controverse, plus je me rend compte que l’on manque de données fiables, et que chacun peut y voir ce qu’il veut… c’est un test de Rorschach.

    en plus a cela s’ajoute des problèmes de politique, de financement, que quasi-religion, d’intérêt rationnels convergents, qui empêchent la science de se comporter normalement…

    en tout cas, allez consulter des gens en pointe comme Judith Curry (qui est inclassable, mais très compétente), Pielke (plus orienté, mais très carré)… et yen a certainement d’autres…

    si le climategate ne vous a pas convaincu qu’il y a un problème d’éthique (de bonne foi, de passion… Pavé de bonnes intentions), allez relire le coming-out de Judith Curry.

    en tout cas, ce dont je ne doute pas c’est que les rapports sur les conséquences du réchauffement (WG2 et +) , sont un gros tas de bêtises… c’est a peu près l’avis de chaque spécialiste du domaine sur la partie qui le concerne.

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