Changement climatique : Des parlementaires encore peu mobilisés

Il y a quelques temps, j’avais eu l’occasion d’écrire un article pour Sciences Po (et Bruno Latour !) à propos d’une étude sur les parlementaires et le changement climatique. Il vient d’être publié ici mais j’ai l’autorisation de le publier chez moi aussi ! :)

En septembre dernier, le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cévipof) a réalisé et publié une étude sur la façon dont la problématique de l’environnement était perçue par les parlementaires. En tout, deux cents députés et sénateurs ont été interrogés entre le 18 novembre 2009 et le 4 mars 2010… en plein Climate Gate bilan plus que mitigé de la conférence de Copenhague. Cette étude commandée par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) montre que depuis 2003, date à laquelle un précédent sondage avait eu lieu, les parlementaires réalisent de plus en plus que le changement climatique est une composante à intégrer dans leur politique.

En 2003, l’Ademe cherchait avant tout à savoir comment s’adresser aux parlementaires pour les mobiliser. A ce moment, le changement climatique n’était pas encore très présent dans les médias1. Cette année, Daniel Boy, responsable scientifique de l’étude, ajoute que « les questions qui ont été adressées aux élus avaient d’abord été étalonnée par le grand public ».


Premier constat: la divergence de mobilisation et de sensibilisation des élus par rapport aux citoyens est très importante. En effet, la sensibilité des parlementaires au réchauffement climatique est très faible. Autre élément digne d’intérêt, il existe une différence de point de vue très forte selon la sensibilité politique des parlementaires. Par exemple, 45% des élus de droite privilégient un choix d’activité préservant l’environnement au profit d’une relance forte de l’économie (49 %) contre 75% des élus de gauche.

Parallèlement, Daniel Boy qui réalise aussi des des études chaque année auprès du grand public pour l’Ademe, constate qu’en 2010, « la sensibilité au réchauffement a diminué alors que l’adoption de comportements vertueux augmente ». Pour expliciter cette tendance, il souligne que « les parlementaires sont souvent soumis à une attitude de responsabilité immédiate et se penchent plus facilement sur les questions du nucléaire ou de l’éolien tandis que le grand public est beaucoup plus porté par les économies d’énergie! » Mais cette humeur citoyenne pourrait être reliée à plusieurs types de facteurs. Entre autres, « l’économie économe », qui correspond au fait que les gens font plus attention à leur consommation pour moins payer, ou encore via la théorie de l’engagement2. En effet, à l’aide d’une communication basée sur ce principe et reposant sur le postulat que les comportements passés déterminent les comportements futurs, les citoyens ont alors été mis dans une situation d’acteurs plutôt que de récepteurs3 et amenés à réaliser des actes pour réduire leurs émissions à petite échelle 4.

En ce qui concerne les parlementaires et leur meilleure sensibilité à l’environnement en 2010, cela peut s’expliquer par la combinaison de plusieurs facteurs: la médiatisation accrue des sujets environnementaux, la pression locale exercée par leurs électeurs, les contraintes de la réglementation internationale et la place prise par les organisations environnementales, en particulier la Fondation Nicolas Hulot, dans la campagne présidentielle de 2007. Cela se traduit notamment par une confiance plus forte dans les solutions techniques, par exemple pour maîtriser l’énergie mais aussi par une posture plus proactive sur le sujet.

Malgré tout, les parlementaires restent bien moins sensibles que la population au niveau de la prise de conscience du changement climatique et du caractère urgent de ce problème. Les thèmes liés à la croissance économique gardent une place importante, probablement liée au fait qu’ils impactent immédiatement la société quand le changement climatique reste plus lointain…

Photos CC Flickr :Ma Galialainalele

1Voir un article publié sur Pris(m)e de Tête à ce sujet : 40 ans de discussions à ce sujet pour en arriver là

2Cf Petit Traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, R.V. Joule et J.L.Beauvois

3Voir les travaux de Mickaël DUPRE, Diffusion et engagement : Une alternative aux démarches d’information, communication et sensibilisation : Le cas des comportements pro-environnementaux (économie d’énergie, prévention et tri des déchets)

4Robert-Vincent Joule, Laboratoire de Psychologie Sociale de l’Université de Provence

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Sur Ownisciences

9 octobre 20010 Quand journalistes et scientifiques font bon ménage

Dans sa thèse, le sociologue Jean-Baptiste Comby démontre que la popularisation du changement climatique en France est le résultat d’une alliance objective entre journalistes, chercheurs et agences environnementales.

28 octobre 2010 Rencontre poétique entre art et science

Atmosphère sombre, lumière tamisée soulignée par quelques spots plus lumineux… Bienvenue dans l’exposition « Les mécaniques poétiques d’EZ3kiel», installée jusqu’au 7 novembre au Palais de la Découverte à Paris.

17 mars 2011 Quelques alternatives aux pesticides

Après Le Monde selon Monsanto, Marie-Monique Robin revient en lanceuse d’alerte avec un documentaire efficace, très fouillé et bien ficelé à propos des produits chimiques que nous ingérons malgré nous. Notre poison quotidien est cette fois un réquisitoire contre les industriels de la chimie, mais la journaliste pointe aussi les dysfonctionnements au niveau du circuit d’évaluation des différents produits, avant leur autorisation d’utilisation.

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Du design partout depuis 10 jours, ça donne une émission chez REC !

Vendredi 25 février. 10 heures moins 5. Dans 5 minutes, j’anime en direct avec Jean-Marc Galan et David Dumoulin l’émission Recherche en Cours consacrée au… design. Mais il manque encore l’un de nos invités! Petit stress pour moi mais pas pour Jean-Marc. Ouf, Arthur Bodolec arrive après quelques péripéties, c’est parti ! :) Nous descendons dans le studio. Mais d’abord un petit retour s’impose sur l’enchainement de circonstances presque fortuites qui a conduit à la préparation de cette émission.

D’abord, je dois l’avouer, je suis une entremetteuse. :) Mon métier : faire en sorte que des gens qui ont tout intérêt à se rencontrer, se rencontrent. Si François Taddei et Dominique Sciamma finissent par se rencontrer, j’aurai bien rempli mon rôle (voir ce billet repris sur Knowtex). Ce rôle, je l’ai de nouveau joué avec plaisir auprès de deux jeunes designers, j’ai nommé Arthur Bodolec et Nicolas Buttin.

J’ai rencontré Arthur pour la première fois à l’événement TEDx Paris Université où il a proposé un speech à propos de la créativité : en gros, nous sommes tous des créatifs (chouette!). Arrivé 2ème lors du concours, j’avais été intéressée par son discours et sa comparaison de notre monde à celui d’un monde des playmobiles !

Rapidement retrouvé via twitter, nous avons très vite rediscuté de cette notion qu’il développe et qui mêle créativité et contraintes. Le courant était très bien passé, ce jeune homme me semblait plutôt prometteur.

D’un autre côté, tout s’est enchainé très vite autour du design. En une semaine, je rencontrais Dominique Sciamma, directeur de la recherche sur les systèmes et objets intelligents au Strate Collège Designers, je croisais Arthur Bodolec à l’événement #jesuismort organisé à La Cantine pendant la Social Media Week, et je croisais très rapidement Nicolas Buttin dans les locaux d’Umaps à Montreuil qui venait discuter avec Nicolas Loubet de design, de durabilité et de sa volonté d’entreprendre dans ce domaine.

Cette concentration d’éléments a atteint son point d’orgue pendant le 2ème apéro Science et Web (décidément!) quand Jean-Marc Galan me demande une idée pour sa prochaine émission Recherche en Cours sur Alligre FM. « C’est dans 10 jours…et je n’ai toujours pas d’invité! » me dit-il. C’est Nicolas (Loubet) qui lance l’idée du design. Et c’est parti. Mise en relation des uns et des autres, rendez-vous, mails… Nos deux jeunes designers sont disponibles et enthousiastes ! (cool!)

Des jeunes qui sortent des sentiers battus

Nicolas Buttin est passé par le Celsa (dans le master média informatisés et stratégies de communication) avant de partir à Londres pour se spécialiser en design management. Il est très sensibilisé à tout ce qui concerne le développement durable , ou comme il préfère le dire « la problématique de la durabilité. » Quelques expériences en agence de design et un mémoire sur « Think design to shape sustainability » l’ont conforté et orienté vers le passage de la notion d’objets à celle de systèmes. Comment penser un système qui englobe la notion de durabilité. C’est typiquement une démarche liée au design thinking. Ouh là, c’est quoi ça ? Promis on y revient après.

Athur Bodolec a de son côté suivi l’enseignement du Strate Collège Designers, mené par Dominique Sciamma. Il le dit lui même, c’est là qu’il s’est révélé ayant jusqu’au bac un parcours très moyen. En plus de cette formation de designer, il a également suivi pendant un semestre un master en majeure entrepreneuriat à l’ESCP-Europe, une école de management qui lui a vraiment ouvert un autre horizon.

Aujourd’hui il s’est positionné en tant que consultant indépendant depuis le mois de décembre et cherche des missions qui lui permettront d’exprimer ses idées autour de la créativité et du design participatif. Son idée : plutôt que créer des nouveaux usages par le design, créer des « briques d’usages » que les utilisateurs peuvent assembler à leur gré et… laisser place à leur créativité. Tiens, cela participe aussi de la démarche du « design thinker ».

Le design thinking

Non le design ce n’est pas seulement les fameux « objets design » ou ce cher Philippe Stark ou encore la grande Andrée Putman, exposée à l’hôtel de ville jusqu’au 26 février dernier. C’est aussi un processus qui mêle plusieurs phases, dont une phase de recherche. Résoudre un problème posé par un industriel ou par une entreprise de services, c’est la question à laquelle sont confrontés nos amis designers.

De ce que j’ai compris avec les différents éléments que j’ai pu obtenir pendant cette période « design » de mon activité, c’est qu’il s’agit plus d’une méthode et qu’on peut l’appliquer à beaucoup de domaines. Que ce soit dans la création d’un site de partage d’objets entre voisins, pour Nicolas Buttin ou dans l’exemple que donne Arthur Bodolec dans l’émission, à propos d’une société qui vend des vélos et qui cherche à savoir pourquoi cela ne marche pas. La réponse dans ce cas se situait dans l’amélioration du service lié au vélo plutôt qu’au vélo en lui-même.

La démarche du designer consisterait donc plutôt à proposer une hypothèse, la tester immédiatement et la valider si cela fonctionne sinon tester autre chose tout de suite. Il s’agit d’une sorte de politique de « l’implémentation immédiate » basée sur un retour d’expérience de l’usager. Cette façon de faire se démarque des entreprises, qui généralement cherchent à savoir si l’idée peut-être viable (répond à certains critères de marchés, économique etc…) avant de se lancer dans la phase de test.

Des expériences et des idées

Pour Nicolas Buttin, l’important consiste à penser en système plutôt qu’en objet, ce à quoi le design management devrai permettre de répondre au-delà même du design thinking. Relier le local et le global ou comment par exemple gagner le global par capillarité. Exemple concret, sur son site: Goods Commons pour l’instant et parce qu’il s’agissait d’un support pour son étude, Nicolas l’a ouvert à tous dès le début.

Mais comme il voudrait maintenant affiner son produit, une partie du site va être dédiée à un quartier de Paris (Belleville) pour considérablement réduire l’échelle. Par capillarité, les habitants des quartiers voisins devraient être touchés petit à petit et il espère que l’idée et le concept pourront se propager comme ça. « Le design thinking s’attache à relever le défi de mixer les initiatives passées aux nouveaux besoins qui émergent et qui s’expriment. » écrit Nicolas dans son mémoire. Il y parle beaucoup d’approche d’innovation ouverte ou open innovation où le design serait un outil au service de l’imagination.

De son côté, Arthur se base sur un postulat qui repose sur le fait que la créativité nait dans un environnement contraint. En gros, on pourrait faire un parallèle avec l’écriture et la feuille blanche. Dans son exemple, il prend la pâte à modeler comme extrême degré de liberté. « Si le monde était en pâte à modeler on pourrait tout faire » sauf qu’à part les créatifs qui osent s’exprimer, c’est très difficile de créer quelque chose à partir de « la liberté totale ». Par contre, le légo correspond au mélange parfait puisque qu’il offre un cadre – on peut/doit les empiler – mais en même temps, tout est possible. Enfin presque tout. Mais on a l’impression que c’est le cas. Alors, la créativité est libérée et peut s’exprimer sous la forme de construction.

Pour pouvoir mener à bien son projet et s’associer avec des gens motivés par son idée, Nicolas est actuellement dans un incubateur de start-up. Pendant l’émission, je me faisais la réflexion que l’entrepreneur se rapproche beaucoup du designer, dans la démarche de design thinking, dans la mesure où il met en jeu un processus qui commence par une idée, jusqu’à une application finale. Entre temps, il fait intervenir de nombreux acteurs qui seront les moteurs de la réalisation, des phases de recherches et de réflexions et des usagers en bout de chaines. L’enjeu est aussi collaboratif.

Sur leur expérience à la radio

Arthur n’hésite pas à dire que l’expérience apparaissait comme stressante car « Parler de design est toujours un défi car il s’agit d’une passion et un processus pas toujours faciles à expliquer. » Quel sera l’angle d’attaque, les questions seront-elles pointues etc… Mais c’était sans compter la bonne humeur des animateurs (Jean-Marc en premier !) « La discussion préparatoire que l’on a eu ensemble était très agréable et facile et ça j’adore. Cela m’a permis d’effacer presque totalement l’appréhension de passer à la radio ».

Quant à Nicolas, s’il était aussi un peu inquiet au début il n’hésite pas à dire après coup que « finalement ça ressemble plus à une conversation autour d’une « vraie » table qu’à un interrogatoire! » Un peu frustré de ne pas avoir pu en dire davantage les deux invités de l’émission sont d’accord sur l’intérêt et la fluidité de ce média. « C’était très ludique comme exercice, un peu comme une partie de ping pong… à 5 ! » conclue Nicolas en riant.

Des rencontres intéressantes, un sujet peu souvent abordé, une émission comme sur des roulettes… une belle collaboration ! En espérant qu’elle continue… :)

Pour écouter l’émission : Think Design sur Recherche en cours

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François Taddei, Dominique Sciamma, deux parcours, une même volonté de changer le monde

Publié initialement sur Knowtex

Quand on rencontre François Taddei et Dominique Sciamma à quelques jours d’intervalle, le rapprochement saute aux yeux. Je me suis amusée à faire une liste de leurs points communs… Verdict : ces deux hommes, qui ne se sont jamais rencontrés, ont tout pour s’entendre et changer le monde ensemble !

Des idées pour changer le monde

Idea worth spreading. Des idées qui méritent d’être diffusées. La « tag phrase » des conférences TED s’applique à l’un comme à l’autre, pour peu qu’on les écoute quelques minutes. Et pour cause, ces deux personnages atypiques sont intervenus aux conférences TEDx à Paris en 2010. En janvier, à TEDx Paris, pour François Taddei qui a présenté « Pour un nouveau modèle d’éducation ». En octobre, à TEDx Paris Universités, pour Dominique Sciamma qui s’est exprimé sur le thème « Produire de l’invention ». C’est d’ailleurs à cette occasion que j’ai découvert ce dernier.

Dur d’associer ces deux hommes au premier regard tant leurs domaines de recherche semblent éloignés… Malgré des parcours et des discussions buissonnants, ils s’accordent pourtant sur plusieurs mots clés : créativité, recherche, éducation et pluridisciplinarité.. Des composantes essentielles du monde de demain. Chez TED, ils avaient 18 minutes pour souligner l’importance du questionnement et de la créativité aujourd’hui. À travers leurs exemples, ils ont montré combien il est important (et urgent !) de changer de point de vue, d’inventer un nouveau système éducatif.

Deux chercheurs

Qui sont-ils finalement ? Le mot le plus évident qui les rassemble serait sans doute celui de « chercheurs ». Cela paraît évident pour François Taddei. Après un doctorat de biologie (1) où il a étudié l’évolution de la variabilité génétique, il a en effet été détaché à l’Inserm pour y monter très rapidement une équipe qui travaille sur la communication des bactéries. Très jeune, il a été récompensé par des prix de recherche prestigieux comme le Prix de recherche de l’Inserm ou encore l’« European Young investigator Award ». Aujourd’hui, il n’hésite pas à dire, en riant, que « le jour, [il] fait de la recherche en biologie et la nuit [il] s’attache à repenser l’éducation. » (!)

Lorsqu’il travaillait sur les bactéries, François Taddei a mêlé les aspects théoriques et expérimentaux, ce qu’il s’efforce de reproduire aujourd’hui dans le domaine de l’éducation. « Je me suis rendu compte que les bactéries sont capables d’échanger de l’information, de coopérer, de coopérer pour échanger de l’information et d’échanger de l’information pour coopérer ». Ce système doit pouvoir s’appliquer ailleurs. Et c’est là l’un de ses points forts : cet homme est doté d’une capacité à généraliser un système. Il voit rapidement un ensemble d’applications se décliner potentiellement à partir d’un sujet.

Avoir une vision systémique, penser à plusieurs dimensions… c’est aussi le job du designer. Pour Dominique Sciamma, d’abord diplômé de l’université Paris VII en mathématiques et en informatique théorique, le designer tient du chercheur. Avec sa créativité, une compétence qu’il utilise au service des autres de façon généreuse et désintéressée, « il participe à l’élaboration du monde… et à sa compréhension ».

Le parcours étonnant de cet homme l’a toujours maintenu dans le monde des technologies de l’information et de la communication (TIC). C’est donc tout naturellement qu’il a été amené à travailler pour Strate Collège Designers dès 1998. Là, il y crée, en 2007, le département « Systèmes et Objets Interactifs » avant d’en prendre la direction de la recherche en 2010. À ce titre, dans une récente intervention aux Microsoft Techdays, il s’est attaché à expliquer pourquoi l’enjeu pour le design se situe maintenant au niveau de la recherche. Une recherche collaborative qui nourrit la recherche appliquée.

Un lieu pour transmettre sa vision

Ce n’est pas le tout d’avoir des idées, encore faut-il les transmettre et les appliquer ! Chacun à leur manière, nos deux créatifs se sont organisés pour dispenser leur enseignement dans une structure qui leur correspond. D’un côté le Centre de recherche interdisciplinaire (CRI) appuyé par la Fondation Bettencourt Schueller ; de l’autre, Strate Collège Designers.

François Taddei a commencé par créer le Master de recherche « Approche Interdisciplinaire du Vivant » en 2004 puis une école doctorale en 2006 nommée « Frontière du Vivant » et, enfin, la licence « Frontière du Vivant » qui ouvrira ses portes à la rentrée prochaine. Maitre-mot de cette formation : l’interdisciplinarité. Il cherche aujourd’hui à favoriser les échanges et les pratiques de pédagogie innovantes. Pour lui, il s’agit de promouvoir l’innovation en créant des « lieux d’innovation ».

Dominique Sciamma, lui, dispense sa vision du design chez Strate Collège où il met actuellement en place un vaste programme de recherche avec de nombreux partenariats. Dès 1992, date de la création de l’école, il était persuadé que le design allait devenir stratégique. Dans cette école, la structure pyramidale – qui constitue l’un des fondements de notre société française… – n’est pas à l’honneur. « Même si quelqu’un décide au final, il n’y a pas de patron de droit divin, tout se débat. » La mutation permanente : une démarche fatigante mais qui permet d’ajuster la stratégie de l’école. L’enjeu : favoriser les échanges et instaurer l’idée d’une société plus horizontale que pyramidale. Le « collège » du nom de l’école prend alors tout son sens.

De la créativité, de l’interaction

Pour François Taddei, on est face aujourd’hui à un bouleversement des organisations où changements de technologies et de culture se combinent. De nouvelles technologies seront nécessaires pour connecter les gens autour de centres d’intérêts communs (#knowtexpower !) sans négliger les lieux de rencontres. « Il faut aussi favoriser les rencontres et les échanges « en vrai » » souligne-t-il. À son échelle, et parce que cela participe de son envie de changer le monde, il aimerait trouver et rassembler des gens qui ont, d’un côté, un même centre d’intérêt, de l’autre l’envie d’innover.

Mais le domaine de l’éducation reste primordial. « A l’échelle de la planète, les grands problèmes ne peuvent pas être traités si celui de l’éducation n’est pas résolu d’abord. On forme des gens dans un monde qui ne sera pas celui dans lequel ils interagiront ». Il faut leur donner des clés pour que l’on puisse s’adapter au monde qui change vite.

Il note la convergence de différentes disciplines sur différents objets (biologie synthétique par exemple) associée à un progrès technologique non négligeable. Par exemple, l’accès aux ressources est facilité par la numérisation. « Ce qui se passe dans le domaine des sciences se retrouve aussi dans la vie courante. Pour résoudre un vrai problème de la vie, on effectue une combinaison de plein de disciplines. »

C’est peu ou prou ce qui commence aussi à se passer dans nos grandes écoles. À ce sujet, Dominique Sciamma raconte dans une anecdote l’une des aventures dans laquelle ses étudiants de Strate Collège sont impliqués. « Nous faisons partie d’un programme pour la constitution de projets innovants qui réunit l’Essec, Centrale et Strate. Regroupés par équipe, deux ingénieurs, deux commerciaux et deux designers sont plongés une journée avec des industriels qui leur exposent un problème. À la fin de la journée, les ingénieurs ont déjà la réponse… alors que les designers se demandent encore si la question posée est la bonne !»

Ces groupes sont, de fait, soumis à toutes sortes de tensions liées à leur différence de culture et de mode de pensée mais le but est d’élaborer peu à peu une pensée commune entre le commercial (ou marketeur), l’ingénieur et le designer. Au delà, il ne fait aucun doute, pour Dominique Sciamma, que le XXIe siècle sera celui de l’intelligence, non seulement dans sa référence à comprendre le monde mais également dans notre capacité à vivre ensemble avec… un rôle clé pour le chercheur-designer.

Des références communes

Les deux hommes partagent aussi un vocabulaire commun quand ils parlent dempowerment (un mot intraduisible en français mais à la mode). Idem, un homme les rassemble : le patron d’Apple, Steve Jobs qui conforte François Taddei lorsqu’il affirme n’avoir rien appris à l’université (sauf la calligraphie !) et qui fascine Dominique Sciamma car il pense comme un designer tout en « instrumentalisant » le désir des gens (n’est-ce pas lui qui aime envoyer des nouvelles sur ses produits au compte-goutte ?).

Pour finir, il est intéressant de remarquer que pour l’un comme pour l’autre, le processus compte plus que la finalité. Par définition, l’innovation s’accompagne de chances plus fortes de se tromper. Mais comme dans la recherche en sciences de la vie, « dans le cadre de l’innovation, l’erreur est nécessaire pour s’adapter à la pression de sélection ».

Dominique Sciamma, enthousiaste, conclue : « le processus compte plus que la finalité. Aujourd’hui nous avons la nécessité de travailler et de collaborer (N’oublions pas Aristote, « l’Homme est un animal social » ;-) ) Mais ce qui est nouveau et lié aux nouvelles technologies, c’est le degré de compréhension possible de notre monde et surtout à laquelle nous pouvons accéder ! »

Note

(1) Intitulé de la thèse de recherche de François Taddei : Environment and controls of genetic variability.

>> Photos CC Flickr : MyGraal, s_alekhin, PhOtOnQuAnTiQuE, smemon87

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Rencontre (presque) improbable

Hier soir, c’était l’apéro Science et Web au bistrot les colonnes à paris, organisé par le collectif Ca@fé des Sciences, Knowtex, Prisme de tête, REC, Ownisciences et Science&Démocratie. Ce 2ème rendez-vous a su, encore une fois, réunir environ soixante personnes, dans une ambiance très sympa. Contacts, infos, discussions … mais surtout surtout une rencontre rigolote et l’occasion de raconter une petite histoire ! :)

Accoudée au bar (ben oui c’est un bistrot) je discute avec Benjamin, qui représente ce soir le C@fé de sciences quand un (très) grand jeune homme s’avance vers nous… pour commander une bière ! Il porte un badge du C@fé donc c’est un blogueur…. mais je ne le connais pas. Pourtant, c’est sur, je l’ai déjà vu quelque part. Ni une ni deux, l’apéro est  aussi fait pour ça, je lui demande derrière quel blog il se cache ! Du tac au tac il me répond « Tu es Gayané c’est ça ? ».

[Parenthèse] C’est un fait, les gens m’identifient facilement. C’est le troisième de la soirée après Klermor et Pascaline qui me dit « tu dois être Gayané » alors que je ne reconnais pas la personne en face de moi. C’est assez perturbant. Bref.

« Oui je suis Gayané mais toi qui es-tu ? » Pendant ce temps, Benjamin me souffle que je devrais pouvoir deviner. Quoi? Comment? Pourquoi ? C’est Ice. …. QUOI ? Ice? Le Ice du « blog de Ice » ? #hihi #clapclapclap ! Enfin, je mets un visage sur ce personnage mystérieux de la blogosphère scientifique ! #chouette Mais, il se trouve qu’on s’est effectivement déjà vu. Un apéro du C@fé ? Non. Un colloque ? Peut-être. Alors où ? Un endroit presque improbable.

Flash back

Paris Saint-Michel. Mars 2010. A ce moment, je démarre à peine « l’enquête climat ». J’ai besoin d’en savoir plus sur les différents acteurs qui prennent la parole en public (Jouzel, Allègre, Courtillot, Masson-Delmotte). Qui sont-ils ? Où et comment s’expriment-t-ils ? Etc… L’un des moyens d’en savoir plus, c’est de les lire. D’où ma présence ce jour là à cet endroit : la librairie Gibert-Joseph.

5ème étage : l’étage sciences. Le livre qui m’intéresse à ce moment là, c’est le Nouveau Voyage au Centre de la Terre de Vincent Courtillot. Je le trouve, je le prends, je le feuillette et j’entends dans mon dos un petit « Vous ne devriez pas l’acheter. » Hum ? C’est qui lui, ce grand blond, l’air plutôt sympa qui m’interpelle comme ça ?

Moi : pourquoi ?

Lui : enfin ce que je veux dire, c’est qu’il ne vaut mieux pas l’acheter pour la partie climat. Le reste doit être bien.

Moi : ah bon ? Mais qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

Lui : vous connaissez un peu Vincent Courtillot ?

Moi : oui un peu, je m’intéresse à la controverse climatique et ses différents acteurs, c’est pour ça que le livre m’intéresse. :)

Et voilà, c’est parti. Difficile de se souvenir exactement de la conversation mais je me rappelle avoir discuté assez longtemps finalement, dit que j’étais journaliste etc… J’ai notamment appris qu’il faisait une thèse en rapport avec le climat. L’idée : chercher à modéliser les interactions entre climat et végétation et plus particulièrement entre paysages agricoles et climat. (je crois) D’où son intérêt pour la question. En repartant, je m’étais fait la réflexion que je n’avais pas assez insisté pour avoir son nom. Erreur de débutante. Pas préparée du tout. Of course j’ai acheté le livre, je l’ai même lu ! ;)

Retour au bistrot des Colonnes.

La boucle est bouclée. Je n’avais jamais interagit directement avec « monsieur Ice » même si j’avais déjà essayé d’en savoir plus sur son identité ! #curieuse. Son blog fait partie de ceux du C@fé que je consulte le plus régulièrement et Ice a été l’un des acteurs qui a rendu la discussion sur Pris(m)e de Tête très riche. Notamment dans ce billet à propos du débat sur le climat, qui a eu lieu à l’académie des sciences, billet qui, à mon avis, a tout cristallisé. :)

En fait je suis très #hihi de l’avoir rencontré IRL et ravie de ces circonstances qui rendent certaines rencontres rigolotes à raconter et a fortiori à partager ! Longue vie aux apéros Science et Web ! ;)

>> illustrations : bannière de Mikaly et photo CC Flickr : gelinh

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Journaliste en mutation : la timeline…

Qu’il est loin mon premier stage dans le journalisme… et pourtant, ça ne fait que deux ans et demie !! Quand j’y repense, c’est fou comme ces 2 ans ont été riches ! Cela fait maintenant un peu plus d’un an que je suis dans l’univers du journalisme professionnel, l’occasion de faire un premier bilan !

Septembre 2007

Après avoir passé (et réussi) le concours du master de journalisme scientifique de Paris 7, je découvre ma promo à l’occasion d’un travail de mise en scène d’une controverse scientifique. Nous sommes 15 à faire des exercices de théâtre qui vont nous marquer à vie (je pense notamment au gnome dans la forêt) mais qui vont aussi nous souder de manière très forte. Essayez d’écrire une pièce de théâtre à 15 sur le changement climatique ! Ça bulle, ça fourmille d’idées, de personnages, de décors et d’interrogations ! Merci Baudouin ;)

Février 2008

Premier stage… par où commencer ? Fascinée par l’astronomie depuis longtemps, je décide de tenter Ciel et Espace. Sur le coup, prise dans le tourbillon du changement de formule, j’ai eu pas mal de choses à faire et rétrospectivement, je me rends compte que c’est à ce moment que j’ai écrit mes premiers (petits) papiers sur la toile ! (ici par exemple!) Apprentissage de l’écriture rapide et concise (parfois maximum 300 signes, twitter avant l’heure! ) et découverte des coulisses d’Europe 1 avec Alain Cirou + le studio de Ciel et Espace Radio. En bonus, le bizutage du stagiaire… les photos à la maison de l’Astronomie. ;-) Premier pas également avec l’affaire Bogdanov.

Juin 2008

Science et Vie Découvertes. A vrai dire, en entrant dans ce master, je voulais créer un magazine pour enfant ou jeunes centré sur le thème de la terre. Il me fallait donc pratiquer cette écriture spéciale et j’ai d’abord frappé à la porte de Science et Vie Junior… complet pour l’été. Qu’à cela ne tienne je tente Science et Vie Découvertes (pour la tranche d’âge inférieure). Le courant passe bien avec Elisabeth Roman. Un stage de deux mois se profile qui se prolongera par des piges au cours de l’année 2009. Problématique intéressante : comment faire passer 1 idée de façon ludique ? Rapidement pourtant, je me rends compte que cette écriture ne sera pas indéfiniment pour moi. D’une part, c’est trop frustrant :) Envie d’en dire tellement plus ! Et d’autre part, les top cool et compagnie, ça va un peu mais à force c’est moins cool ;)

Février 2009

Le stage déclencheur : Science & Vie. Sur un coup de tête, j’envoie un mail à Philippe Chambon, rédacteur en chef adjoint. Il me répond presque du tac au tac et c’est parti pour deux mois. Stress. Je veux écrire là-bas, ne devrais pas me planter. Ce stage se termine pour moi sur les chapeaux de roues… je pars toute seule en reportage à Bordeaux avec un photographe ! A la clé, un papier de 5 000 signes. L’exploit (du nom de la rubrique) ! Surtout que je n’aurai que quelques jours pour écrire et interagir directement avec Pierre Barthélémy, rédacteur en chef à ce moment.

Avril 2009-Septembre 2009

D’abord, un trou noir appelé syndrome de Guillain Barré… et une réunion chez Henri Jautrou au mois de juillet où un certain Nicolas Loubet, me présentera Knowtex, au stade embryonnaire. ;) Pourquoi ça ? Simplement parce que je suis curieuse, très curieuse de nature et que découvrir le web était dans ma to-do list !

Fin aout 2009

Energie Plus. Un peu faible encore mais déterminée à retrouver une vie normale le plus rapidement possible, je fais mes premiers pas dans la presse professionnelle… dans le secteur de l’énergie. Tiens, je rencontre à ce moment, Olivier Monod, en pleine création de Mégalopolis, le magazine du grand Paris. En plein brainstorming sur le titre !

En parallèle, je découvre petit à petit les outils du web via Nicolas et m’active sur Knowtex en tant que « primo-utilisatrice ». Il faut le dire, avec ses petits dessins, son cahier à petits carreaux et marges tirées minutieusement au stylo rouge, Nicolas me plonge dans un univers où il est tentant de basculer : le web !

Octobre – décembre 2009

Boockmarking, miccroblogging, networking, socialnetworking, twitter, Delicious, Digg, Scoopéo etc etc … Ces noms barbares me deviennent petit à petit familier. Le web 2.0 c’est le partage, la diffusion, les relations. Marion Sabourdy et Audrey de Santis entrent à ce moment dans l’aventure : à nous quatre, nous serons les premiers élèves de Nicolas ! #hihi

Me voilà à moitié schyzophrène. D’un côté j’écris sur des médias off line – science et vie, énergie plus, science et vie découvertes – de l’autre, je commence à penser en web 2.0, avec l’attrait de la nouveauté, du foisonnement et de tous ces gens qui comme moi s’interrogent sur le devenir journalisme et mise sur le web. J’essaie de tenir mon blog à jour, après une refonte complète pour le faire passer de blog d’étudiante à blog de journaliste.

2010 : Une « année climat » qui me fera muter

Je ne vais pas revenir sur « l’enquête climat », je l’ai déjà fait ici, sur Pris(m)e de Tête. Mais au delà de cette enquête, c’est aussi dans ma pratique et dans mes sujets que j’ai évolué. L’agence Umaps n’y est pas pour rien. Côtoyer des gens jeunes, talentueux, plein d’idées reste une clé essentielle pour garder la motivation de défendre (inventer ?) un métier en plein questionnement. Créer, innover, faire… des verbes d’action qui ne sont pas vains pour eux. Dernière action en date, Ownisciences – en collaboration avec des blogeurs du C@fé des sciences et Owni – qui donne un autre éclairage sur l’information scientifique.

Je préfère écrire sur le web

Indéniablement. Plus souple, plus riche, plus réactif, plus connecteur. Même si je reste attachée au papier, même si tourner une page a plus de charme, il me manque maintenant les hyperliens dans un texte !! #hihi. Les modalités de partage, de diffusion et de discussion sont également très différentes. Le rapport aux gens est différent et plaisant. À la fois dans les interactions au moment de l’écriture, des interviews, des réflexions… mais aussi dans la suite de vie du billet, les discussions on-line (commentaires, twitter, facebook) mais aussi off line, en vrai !;)

Une façon différente de penser le journalisme

Je crois qu’il faut maintenant faire une distinction réelle entre l’écriture d’article proprement dite et toute la dimension sociale de la vie de l’article, dont la pratique du microblog. Knowtex, Twitter, même Facebook sont devenus des outils dont je me sers continuellement que ce soit pour faire de la veille, discuter, dénicher des documents, en partager d’autres avec ceux que cela intéresse etc… Ce foisonnement m’émerveille. A mon échelle (je suis loin d’avoir le recul nécessaire) je ressens d’autres envies, d’autres nécessités dans ma pratique qui me font dire que le journaliste n’est pas une usine à contenu. Réflexion également sur la condition du pigiste, loin d’être rose, qui n’est « journaliste indépendant » que dans le titre …

Ce travail que j’ai effectué sur la controverse climatique avec de jeunes sociologues m’a ouvert d’autres horizons. Écrire, réfléchir à plusieurs – avec des sociologues, journalistes politique, étudiants et peut-être plus tard avec d’autres auxquels on ne pense pas – c’est se donner les moyens d’avoir un autre regard sur son travail, d’être plus critique et de soulever des points de débat plus profonds que ceux auxquels on peut être habitué. C’est aussi le moyen d’être et travailler en réseau, de rencontrer les gens. Toujours été étonnée qu’en rédaction, très peu de journalistes se déplaçaient de leur bureau. Mail, téléphone, manque de temps… les réponses invoquées sont nombreuses. Cela joue pourtant sur la façon de traiter un sujet.

Je finis cette année 2010 avec d’autres projets, notamment celui du Prisme à Idées, qui après avoir fondé la revue du même nom en 2008, se lance maintenant dans le media online en réunissant jeunes chercheurs, jeunes entrepreneurs, jeunes journalistes et être au carrefour de la recherche et l’innovation. Envie de finir ce billet par cette vidéo, du Grand Mix, une soirée mémorable le 5 novembre dernier où ont été réunis un certain nombre d’acteurs de la culture scientifique et de la culture numérique. L’occasion de présenter différents projets de réunion de ces deux cultures mais aussi de rencontrer (et faire se rencontrer) blogueurs, journalistes, médiateurs, offline et online, expérimentés et débutants… Un bon « mix » stimulant. Il y a beaucoup de choses à faire :)

Le Grand Mix from Knowtex on Vimeo.

>> Photos CC Flickr : françois et fier de l’Etre, © Exelcior Photography

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